La XXIII ème Drag’s Cup, vue côté Comité de Course.

Dix courses en quatre jours, c’est pas mal. Surtout que ça avait mal
débuté.
Première règle d’or : être à l’heure. Ce
qui suppose, le premier jour, d’être au Club bien avant l’heure prévue de départ (14 heures pour le cas qui nous intéresse). Ce qui fixe un rendez-vous pour l’équipe comité aux alentours de dix
heures.
Au fait, une équipe comité, c’est quoi ?
Un bateau comité. C’est lui qui porte les signaux
(visuels + sonores) de départ. Cinq personnes à bord. Une personne aux chronos, Philippe (le pluriel est volontaire, un chrono peut s’arrêter, tomber à l’eau… en cours de procédure de départ. Ça
fait désordre…), deux personnes aux pavillons (Delphine et Christian), une personne au secrétariat (Herveline) et un qui ne fait rien mais regarde tout, et occasionnellement parle à la radio (ma
pomme).
Un bateau viseur. C’est lui qui matérialise la ligne de
départ avec le bateau comité. Son positionnement est essentiel (nous verrons plus loin pourquoi), il faut donc trois personnes à bord : AGP Denis, Didier et Jean-Pierre.
Le bateau mouilleur : encore un sans qui rien ne
serait possible. Deux personnes (Yves et Serge). C’est lui qui implante le parcours en accord avec le Comité de Course.
Donc, pour avoir préparé tout le matériel, fait le plein de tous les bateaux, s’être assuré (plutôt deux
fois qu’une) que rien ne manque, et être prêts à partir sur l’eau une heure avant le départ, il faut arriver tôt…
Deuxième règle d’or : être précis. Les
concurrents, surtout en Dragon ou Snipe qui sont des bateaux très tactiques et techniques, sont exigeants sur la qualité des lignes de départ et des parcours (et après tout, pourquoi pas ?
Ils ont payé, ils sont en droit d’attendre une prestation à la hauteur de ce qu’ils ont investi !).
Etre précis au moment du départ : ne pas se tromper sur les numéros des bateaux qui sont OCS (= On
the Course Side. Bateaux qui sont au-dessus de la ligne de départ au top départ), être sûrs qu’on ne va pas punir un innocent…
Etre précis dans l’implantation du parcours : si le vent vient du 180, il ne faut pas mouiller la
marque de près au 170. Si on annonce une longueur d’un mille, ne pas mouiller à 0,7. Cela suppose une bonne entente (voire complicité ?) entre le mouilleur et le bateau comité.
Etre précis également lors du pointage des arrivées : ça arrive en moins de deux minutes, et ils
sont livrés en vrac !
Etre précis dans la transmission des résultats (Annie et Isabelle) : cela ne sert à rien de bien
pointer les arrivées si on transmet des erreurs à l’informatique.
Troisième règle d’or : être convivial. Je ne m’étendrai pas là-dessus…
Une course (manche), qu’est-ce que c’est ?
Un départ (à l’heure, respect mutuel oblige), un parcours autour de généralement trois marques (bouées),
et une arrivée. Simple, non ?
Le
départ
C’est un moment primordial (et donc tendu !) à la fois pour les concurrents et pour le comité. Pour
le concurrent, c’est 20 à 30% de sa course. C’est aussi un moment où tous les bateaux sont rassemblés sur une petite surface. C’est enfin un moment où ils testent le Comité (si je mords la ligne,
va-t-il me rappeler ???).
Pour le Comité : Se montrer ferme (mais juste) avec les concurrents. Si j’ai un rappel général (trop
de bateaux au-dessus de la ligne pour pouvoir les identifier), je dois me poser des questions sur l’orientation de ma ligne
Dans le schéma ci-dessous, la ligne est à 90° du vent (on dit « neutre »).Donc prenons deux bateaux qui ont une vitesse égale et un près (angle vent/cap du bateau) semblable : c’est le cas en série
monotype.Le bateau vert, partant au bateau comité, va croiser le bateau rouge, qui lui est parti en bout de ligne, au
milieu de la ligne et à son vent (position 3). La règle 10 (bâbord /tribord) le favorise, et rouge devra virer ou abattre pour passer derrière vert.

Ainsi, en mouillant une ligne neutre, je donne dès le départ un avantage au bateau vert : je n’ai
donc pas bien fait mon travail « d’arbitre ».
Pour compenser l’avantage que confère la règle 10 au bateau qui part tribord et redonner toutes ses
chances au bateau qui part bâbord, je dois mouiller la ligne de sorte à avantager ce-dernier :
La ligne est maintenant mouillée orientée 5° favorable bâbord (à 85° du vent). Rouge, en plus de nous offrir un magnifique
spectacle en partant bâbord amures, est récompensé de sa tactique en croisant devant Vert : il n’est plus handicapé par la règle 10 (bâbord/tribord).
Maintenant, que se
passe-t-il réellement lorsque la ligne est mal orientée ? Et bien, si elle est trop favorable tribord, tous les bateaux viendront s’agglutiner au bateau comité, et j’aurai un rappel général
parce qu’ils vont se monter les uns sur les autres :
Et cinq secondes avant le départ, j’aurai quelque chose qui ressemble au schéma ci-dessus. Ce qui veut dire que j’aurai un rappel
général : perte de temps, énervement chez les concurrents et le comité… bref, un bon début.
Si ma ligne est trop bâbord, j’aurai toute la flotte au bateau viseur. Même punition, même motif.
Ce qu’il faut (essayer !) de faire :
Au coup de canon, la flotte aura à peu près cette configuration, et tout le monde sera content (sauf le bateau Rose, qui n’a rien
compris !).
Le
parcours.
Sur la Drag’s Cup, nous courons sur un parcours dit
« banane », qui a cette configuration :
Départ – 1 – 2 – Porte – 1 – 2 – Porte – Arrivée.
Les Instructions de course prévoient qu’il est possible de ne faire qu’un tour (parcours n° 2).
L’axe du parcours entre la porte sous le vent et la marque 1 doit être dans l’axe du vent pour que les
bateaux partent sur un bord de près pour rejoindre la première marque.
D’où l’importance d’une bonne liaison, d’une bonne entente, et d’une bonne dose de confiance (les bouées
ne se voient pas à une distance d’un mille nautique) entre le mouilleur et le comité.
Course
1
Tout le monde est en place à l’heure (y compris les concurrents). Philippe nous a fait un joli exercice
de style pour mouiller la porte, mais tout s’est bien passé : parcours au 175, vent de 7 à 9 nœuds, bon départ. RAS jusqu’à la marque au vent. Et dans le premier tiers de la descente vers la
porte, le vent s’étouffe complètement : bateaux à la dérive ( !), spis en berne. Pas d’autre solution que d’annuler. Attente de quelques minutes, puis le vent revient, dans le même cap,
même force. Re-bon départ, re-RAS jusqu’à la marque au vent, re-étouffement du vent dans le premier tiers de la descente, re-annulation.
Attente un peu plus longue, puis le vent revient au 135 pour 10 nœuds. Nous décidons de faire un parcours
plus court, avec un bord de près de 0,5mille : l’heure tourne.
Déplacement des marques de parcours, repositionnement de la ligne de départ : bon départ, pour un
tour seulement (erreur de ma part : le mauvais numéro de parcours était affiché, et je n’avais pas vérifié).
Retour à terre, classements, terminé.
Courses 2, 3, 4 et
5
Le lendemain samedi, beau temps, belle mer, vent au 180 pour 10 à 16 nœuds, qui n’a pas bougé de la
journée. Quelques rappels individuels, mais rien de spécial à signaler.
Les Snipe, dont le premier départ était à 14 heures, ont fait deux courses, sur un parcours plus court
que celui des Dragon.
Heureusement qu’il a fait beau, et qu’la Marie Josèphe était un bon bateau.
Courses 6, 7 et
8
Dimanche, changement d’ambiance ! Il a pas fait beau du tout, et la Marie Josèphe n’était plus du
tout un bon bateau !!! Pluie, et pluie, et encore pluie, toute la journée. Et un vent instable en force et direction, qui nous a fait modifier le parcours entre chaque course. J’ai même eu
des réflexions d’Yves et Serge le soir, me disant que je leur faisais trop changer les bouées de place, et que c’était dur de remonter toutes ces ancres, et que l’eau était mouillée, et que la
pluie aussi, et que gna gna gni gna gna gna ! Ils vieillissent, ceux-là, va falloir sérieusement les reprendre en main !
Courses 9 et
10
Lundi, tout le monde sur le pont, départ à l’heure (pléonasme !), première course sans histoire pour
un vent au 275, 10 nœuds. Le départ de la seconde a été plus délicat : vent tournant pendant la procédure jusqu’au 130, d’où rappels généraux, d’où repositionnement de ligne de départ.
Finalement, on les a eus !
Dix courses pour les Dragon, sept pour les Snipe : les années se suivent et ne se ressemblent pas.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu une aussi belle Drag’s Cup.
Yves LEGLISE, Président du Comité de Course